Wangba
Pékin - le 4 mai 2005
Aujourd'hui, ami lecteur, nous
sommes dans un wangba. Ne va pas t'affoler, nous ne sommes pas otages d'une de
ces fameuses sociétés secrètes qu'affectionne tant le fourbe chinois. Le wangba
c'est tout autre chose.
L'opération se complique lorsque l'on se met à la recherche
d'un de ces wangba, dont les Pékinois sont parait-il très friands. Le Chinois
ne voit pas trop bien l'utilité d'écrire "wangba" sur ses enseignes
car il a l'idée saugrenue de ne pas utiliser d'alphabet et préfère juste
dessiner des signes rigolos et très compliqués avec des barres et des courbes
mélangées dont il semble user pour écrire. Alors après avoir longuement chercher
les petits dessins correspondants au milieu d'une forêt de néons avec pleins
d'autres dessins, te voila rendu dans un de ces fameux wangba.
Le wangba est un endroit 100% fumeur (le gouvernement encourage vivement la consommation de cigarette vu que primo c'est un bon moyen de réguler la population et que deuzio tu peux facilement être un cowboy ou Alain Delon, donc t'évader, sans pour cela quitter le paradis communiste, ce qui est vivement déconseillé par ledit gouvernement). Les dimensions du wangba sont bien évidemment adaptées a celle de la population chinoise. En conséquence, le wangba moyen est une gigantesque salle, d'environ 300 ordinateurs, remplie de gens excités qui hurlent de manière désordonnée pour signifier leur contentement ou leur désappointement selon ce qu'il leur advient dans le jeu vidéo auquel ils s'adonnent avec un enthousiasme démesuré. Actuellement notre voisin, un homme glabre au teint jaunàtre et au cheveux de jais sue à grosses gouttes, une cigarette coincée entre ses dents noires, tandis que d'une main habile et nerveuse il dirige une armée de très bruyants chevaliers luminescents (desquels émanent une multitude d'arcs électriques multicolores) en délicate posture face à un très effrayant dragon aux couleurs criardes
On y diffuse, enfin, visiblement pour la plus grande joie
des clients, une très mauvaise musique de variété chinoise aux paroles
totalement incompréhensibles, très romantique ou très rock; c'est selon.
Mais rassure toi, ami lecteur, nous ne passons pas trop de temps dans ces wangba car nous avons découvert, gràce au bienveillant Parti Communiste Chinois, et aux très longs reportages qu'il produit et diffuse souvent sur l'une de ses 47 chaînes publiques, que d'y passer trop de temps peut endommager tes yeux, ton dos et ton foie et pleins d'autres organes insoupçonnés, sans parler d'y laisser sa santé mentale, mais plus encore parce qu'on peut y trouver des idées un peu bizarres et résolument inadaptées a une vie pleine de félicité.
Article publié par Lui & Moi dans: Chine & Hong Kong